Les Belles Dalles de Belledonne
Superbe cheminement repéré et imaginé par mon ami Thierry lors d'un parcours de la voie Tobey. Projet qui a été concrétisé en trois jours au mois d'août 2026.
Le résultat n'est pas mal du tout... à notre avis... mais aussi celui des copains qui ont inauguré la voie avec nous.
Itinéraire assez soutenu dans le registre 5b/5c, avec deux pas un peu plus dur en 6a et 6a+.
Equipement rassurant, une centaine de points fournis par Promo grimpe.
Le rocher reste encore par endroit croustillant malgré le nettoyage effectué, ça devrait s'améliorer au fil des passages.
C'est une face nord/nord-est, qui prend malgré tout le soleil le matin en été, du fait de l'inclinaison assez faible de la paroi.
Méfiance au printemps, il semble qu'à l'attaque un névé perfide perdure jusqu'au mois de juin. Avant cette date, prévoir sans doute une paire de crampons.
Accès :
Depuis Revel, monter aux granges de Freydières, continuer la route vers les Quatre Chemins, puis à gauche rejoindre le parking de Pré Raymond, c'est le terminus. Le dernier km emprunte une piste un peu défoncée, mais ça passe sans problème avec une voiture de tourisme.
Approche : 2h00
Rejoindre le lac du Crozet, on retrouve le GR738 qui traverse tout le massif de Belledonne.
200 m environ après l'extrémité sud du lac, virer à droite (sud), longer par la droite une zone de blocs. Retrouver une trace discrète (cairns) qui monte en direction du col qui sépare le Grand Colon du Galeteau. A mi-pente, traverser pour rejoindre le pierrier qui mène au pied des dalles.
Retour :
Vers l'est, en suivant la ligne de crêtes, on rejoint le col de la Pra.
Vers l'ouest, descendre la pente sommitale pour déboucher dans une zone d'éboulis. Eboulis qu'il vaut mieux négocier par un crochet vers la gauche, pour rejoindre le col entre Gd Colon et Galeteau.
La voie :
Des chiffres et des lettres : 200 m , D+ , 6a+ max , 5c obligatoire.
Le premier relais rencontré à 25 m est facultatif, le suivant se trouve 20 m plus haut.
Cette deuxième option nécessite 15 dégaines et une bonne gestion du tirage.
L'ascension inaugurale telle que vécue par Jacques Aimard.
Cet été, à la recherche d'une voie facile pour emmener son fils, Thierry s'est vu proposer le Galeteau. Lui qui n'avait jamais ressenti le moindre besoin d'aller martyriser ses orteils sur ces dalles rébarbatives se laissa pourtant convaincre. Et il fut immédiatement séduit ! Loin de ses à priori, le rocher ne manquait pas d'atouts, et mettant à profit l'attente des relais, il imagina derechef une nouvelle ligne sur ce beau caillou. Philippe Gay se laissa tenter par l'aventure, et c'est ainsi que les deux compères en quelques judicieux coups de perfo ouvrirent Les belles dalles de Belledonne !
Son bébé étant toujours le plus beau, il leur fallait un avis moins partial pour en juger, pour coter aussi. Une caravane d’experts, composée de trois cordées de choc fut donc dépêchée sur les lieux pour lever les doutes et trancher.
L'équipe de pointe était composée de Pierrot et Dominique, alliance idéale de la jeunesse et de la sagesse. Sa mission était de nous sortir de là quoiqu'il arrive et accessoirement d'assurer le reportage photo.
En seconde ligne Thierry s'était associé à Stéphane afin de bénéficier en temps réel de l’évaluation de chacune des longueurs. Prompt à l'enthousiasme ce dernier s'extasiait de chaque prise et du moindre mouvement, ce qui sonnait fort agréablement à l'oreille de Thierry. De plus Stéphane maniait plaisamment le superlatif dont l'usage alla crescendo au fil des longueurs. Si la première ne fut qualifiée que de très belle, la seconde fut jugée exceptionnelle et ainsi de suite jusqu'à l'avant dernière dite sublimissime tandis que la longueur de sortie fut décidée rien de moins que la plus pure merveille de tout l'espace intergalactique. Philippe qui tendait l'oreille buvait du petit lait mais craignait fort que Dominique, capable de garder la tête froide en toute circonstance, ne se posât en juge de paix, sévère mais juste, et ne se fasse un devoir de ramener cela à de plus justes proportions.
En dernière position j'étais associé à Philippe qui, armé d'un marteau et de quelques autres ustensiles, était chargé des ultimes nettoyages car il s'agissait d'offrir une voie très présentable aux futurs prétendants. Quant à moi j'avais la lourde responsabilité d'acheminer jusqu'au sommet, saine et sauve, la bouteille de champagne qui, si tout allait bien, devait nous permettre de trinquer à cette nouvelle voie.
Tout alla bien pour moi jusqu’au crux de la 4ème longueur où j'eus dans un cri d'effroi la mauvaise idée de voler, une belle écaille comme trophée dans la main droite. L’émotion fut vive parmi mes compagnons qui pensèrent un instant devoir souffrir les affres d'un nouveau Dry january. Fort heureusement la chute ne s'accompagna d'aucun bris de verre et je perçus immédiatement un soulagement général. Mais le plus terrible restait la traversée finale. Tout le monde était déjà sorti et s'impatientait de ma lenteur ou ressentie telle, car tout le monde avait très soif et le manifestait bruyamment. Je sentais la pression sur mes épaules, celle des bulles de champagnes bien secouées par mon vol, mais surtout celle de l'attente anxieuse de mes soiffards de camarades. Les pas de sioux de cette sortie instillèrent dans mon esprit quelques doutes sur ma capacité à rejoindre un jour mes petits camarades, mais heureusement la précieuse cargaison arrimée à mon dos me donnait la garantie qu'on me tirerait de là quoiqu'il arrive. Ma sortie tremblotante fut saluée dans l'euphorie générale, et nous pûmes enfin nous livrer à plusieurs toasts très sonores et très mérités, saluant la voie, ses ouvreurs, ses premiers répétiteurs , ses futurs répétiteurs, et enfin à sa glorieuse destinée : intégrer illico le tome 3 de la très huppée collection « Itinéraires d'un grimpeur gâté » de Mussato !
Les cordées, dans l'ordre d'apparition au sommet :
Pierre Daumas et Dominique Duhaut
Stéphane Vallon et Thierry Bienvenu
Philippe Gay et Jacques Aimard
Inauguration officielle le 8 septembre 2026, le gratin dauphinois est là. De gauche à droite : Dominique, Thierry, Jacques, Stéphane, et Pierrot tout là-haut en bout de corde.
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